CDO Informatique : Rôle, Importance et Perspectives d’Avenir

Dans le paysage numérique actuel, la transformation des entreprises dépend de plus en plus des données.

De quel CDO parle-t-on ? #

Trois lettres, plusieurs métiers sans rapport entre eux : avant de parler du poste, il faut dire lequel. Cet article traite du Chief Data Officer, le dirigeant chargé de la gouvernance des données dans une organisation — et pas des autres fonctions ni du produit financier qui portent le même sigle.

Réponse directe

CDO = Chief Data Officer dans cet article. C’est un métier répertorié par l’Apec, qui le décrit comme la personne qui « assure la gouvernance des données et accompagne la transformation digitale de l’entreprise », et qui « gère la gestion des données de l’entreprise tout au long de leur cycle de vie, que ce soit d’un point de vue technique ou juridique », en assurant « la qualité et la normalisation » (fiche métier Apec « Chief data officer »).

Le sigle est partagé. La page d’homonymie de Wikipédia en anglais range sous « CDO » plusieurs intitulés de direction — chief data officer, chief digital officer, chief design officer, chief diversity officer — mais aussi des objets qui n’ont rien à voir avec l’entreprise numérique : un oxyde de cadmium, des noms de lieux, et un produit de finance structurée, la collateralized debt obligation (page d’homonymie « CDO » sur Wikipédia en anglais). C’est cette dernière acception qui fait remonter, sur une recherche « CDO », des contenus sur la crise financière de 2008 : pure collision de sigle.

À lire Comprendre l’ADN Informatique : Définition, Importance et Applications Pratiques

La confusion la plus fréquente, en revanche, se joue entre deux postes voisins et réellement distincts :

  • Chief Data Officer — la donnée est l’objet du poste : la collecter, la structurer, la fiabiliser, en organiser l’accès et en contrôler l’usage au regard des réglementations.
  • Chief Digital Officer — la transformation numérique est l’objet du poste. Wikipédia en anglais le définit comme celui qui aide une entreprise, une administration ou une ville à convertir des activités « analogiques » en activités numériques (article « Chief digital officer »).

Les deux peuvent cohabiter dans une même organisation, ou être tenus par la même personne dans une structure plus petite. Mais ce ne sont pas deux noms pour un même métier.

Définition et missions du CDO #

La fiche métier de l’Apec détaille les activités attendues. Elles se regroupent en deux familles, que l’on retrouve d’une organisation à l’autre :

  • Piloter la stratégie de data-management : animer la gouvernance opérationnelle des données, organiser leur collecte — qu’elles soient internes ou qu’elles appartiennent à des fournisseurs, clients ou partenaires —, permettre aux différentes directions et services d’y accéder, et faire connaître cette stratégie en interne.
  • Assurer la qualité, la fiabilité et la cartographie : structurer, cartographier et normaliser les données utiles au positionnement stratégique, garantir leur fiabilité et leur cohérence, auditer les processus de sécurisation sur le plan technique et organisationnel, maîtriser le cycle de vie de la donnée, et contrôler son bon usage au regard des différentes réglementations.

Deux points méritent d’être soulignés, parce qu’ils sont souvent perdus dans les présentations trop enthousiastes du poste. D’abord, la fonction est transverse avant d’être technique : l’Apec attend une maîtrise du cadre réglementaire et des outils de cartographie, pas la construction des bases elles-mêmes. Ensuite, son périmètre varie beaucoup selon la taille de la structure : dans les petites entreprises, l’Apec note que les rôles de chief data officer et de data manager sont entremêlés, le titulaire étant alors seul à s’occuper de la gouvernance de la donnée.

À lire Les publicités informatiques : Un guide complet pour les professionnels et les passionnés

Côté rattachement, l’Apec ne place pas ce poste sous une direction unique : elle cite le responsable de la maîtrise d’ouvrage, le responsable des achats ou la direction de la transformation digitale. Autrement dit, la ligne hiérarchique se négocie au cas par cas — ce qui est cohérent avec un métier récent et transverse.

Comparaison avec d’autres postes de direction #

Pour situer le CDO, le plus utile est de le confronter aux fonctions avec lesquelles il est le plus souvent confondu. Illustration détaillée sur CDO Informatique : Rôle, Importance et Perspectives d'Avenir

Fonction Objet du poste Ce qui la sépare du Chief Data Officer
Chief Data Officer (CDO) La donnée : gouvernance, qualité, cycle de vie, usages —
Chief Digital Officer (CDO aussi) La transformation numérique de l’activité Même sigle, autre métier : le numérique comme moyen d’exercer l’activité, pas la donnée comme actif à gouverner
Directeur des systèmes d’information (DSI) Les systèmes et l’infrastructure Wikipédia relève que le CDO ne contrôle pas les aspects strictement techniques, qui restent le plus souvent au DSI, avec lequel il travaille en étroite collaboration
Délégué à la protection des données (DPO) La conformité au RGPD pour les données personnelles Fonction encadrée par le règlement européen, avec ses propres conditions de désignation (voir plus bas)

Le rapprochement avec le DSI n’est pas anodin : l’Apec cite d’ailleurs le poste de directeur des systèmes d’information parmi les évolutions possibles d’un chief data officer. Les deux fonctions se parlent en permanence, mais ne répondent pas de la même chose. Sources : article « Chief Data Officer » de Wikipédia en français et la fiche métier de l’Apec citée plus haut.

Conséquences de l’absence d’un CDO #

Aucune obligation légale n’impose de nommer un chief data officer : c’est un choix d’organisation, pas une contrainte réglementaire. La vraie question n’est donc pas « que risque-t-on sans CDO ? » mais « qui tient ces sujets, si personne ne porte le titre ? ».

À lire Comprendre le CIM Informatique : Définition, Applications et Perspectives

En reprenant la liste des activités de la fiche Apec, voici ce qui reste sans responsable identifié quand la fonction n’existe pas :

  • La cartographie et la normalisation. Sans elles, chaque service travaille sur sa propre version des données, et les écarts ne sont arbitrés par personne.
  • La fiabilité et la cohérence. Elles ne se maintiennent pas seules : l’Apec en fait une mission à part entière, au même titre que l’audit des processus de sécurisation.
  • Le contrôle du bon usage au regard des réglementations. Ce point figure explicitement dans les missions du poste. Attention toutefois à ne pas tout confondre : pour les données personnelles, c’est le délégué à la protection des données qui pilote la conformité au RGPD, et sa désignation, elle, est obligatoire dans certains cas.
  • L’accès des directions métiers aux données. L’Apec décrit un rôle de mise à disposition et de vulgarisation : sans lui, la donnée existe mais reste dans son coin.

Dans beaucoup d’organisations, ces sujets sont simplement répartis entre la DSI, les directions métiers et le DPO. Créer un poste dédié revient à décider qu’ils méritent un arbitre unique — c’est un choix défendable, pas une évidence universelle.

Ce que l’on peut dire sans faire de prévisions #

Les articles sur ce métier s’achèvent en général sur des projections. On s’en tiendra ici à ce qui est écrit noir sur blanc dans les sources consultées.

  • Un métier lié à la volumétrie. L’Apec situe ce poste « dans toutes les entreprises utilisatrices de grande quantité de données », tous secteurs confondus, et associe son développement à celui du big data et des projets de gouvernance des données.
  • Un métier aux contours instables. Wikipédia en français note que la nouveauté de la fonction, et la définition encore peu précise du big data, rendent ses contours « très variables en fonction des institutions ou des entreprises ». Deux offres portant le même titre peuvent donc décrire deux postes différents.
  • Des intitulés multiples. L’Apec recense, pour la même fiche, « responsable des données », « responsable de la stratégie data », « responsable de la gouvernance des données », « data manager » ou même « data officer ». Chercher un poste sur le seul sigle « CDO » revient à en manquer une partie.

Sur la rémunération, l’Apec publie une fourchette tirée des offres d’emploi qu’elle diffuse : la rémunération annuelle brute proposée (fixe + variable) est comprise entre 35 k€ et 63 k€ pour 80 % des offres, avec une moyenne de 48 k€. Ce chiffre est une photographie d’un marché à un instant donné, propre au périmètre de l’Apec : il est révisé au fil des publications d’offres et ne vaut pas grille de salaire. À vérifier sur la fiche source avant de s’en servir.

À lire Comprendre le CPM Informatique : Stratégies et Avantages pour Votre Entreprise

CDO et délégué à la protection des données : deux fonctions distinctes #

C’est la distinction la plus importante à tenir, parce qu’une seule des deux est encadrée par un texte. Wikipédia le formule directement : la fonction de chief data officer « est à différencier du délégué à la protection des données […] inscrit dans le règlement général sur la protection des données », lequel ne peut pas exercer la fonction de dirigeant d’une organisation.

La CNIL précise ce que recouvre le poste de délégué. Sa désignation est obligatoire pour les autorités et organismes publics — à l’exception des juridictions dans l’exercice de leurs fonctions juridictionnelles —, pour les organismes dont les activités de base les amènent à réaliser un suivi régulier et systématique des personnes à grande échelle, et pour ceux qui traitent à grande échelle des données dites « sensibles » ou relatives à des condamnations pénales et infractions. Le délégué peut être interne ou externe, et, sous certaines conditions, mutualisé entre plusieurs organismes (« Devenir délégué à la protection des données », CNIL).

Trois conditions sont attendues avant toute désignation, toujours selon la CNIL : que le délégué détienne les compétences requises — une expertise juridique et technique en protection des données, et une connaissance du secteur et de l’organisation interne ; qu’il dispose de moyens suffisants — du temps, des ressources matérielles et humaines, un accès aux informations utiles, et d’être facilement joignable pour les personnes concernées ; et qu’il ait la capacité d’agir en toute autonomie, c’est-à-dire sans conflit d’intérêts, en rendant compte au plus haut niveau de la direction, sans être sanctionné pour l’exercice de ses missions et sans recevoir d’instruction dans ce cadre (« Désigner un délégué à la protection des données (DPO) », CNIL).

Un chief data officer qui cumulerait la casquette de délégué se heurterait donc à ces exigences : ce cumul, quand il est envisagé, se regarde d’abord sous l’angle du conflit d’intérêts.

À lire Comprendre la confluence informatique : enjeux et opportunités

À retenir #

  • « CDO » ne désigne pas une seule chose. Ici, Chief Data Officer. À ne pas confondre avec le Chief Digital Officer, ni avec les acceptions hors entreprise du sigle.
  • « CDO informatique » est une formulation approximative. Le poste porte sur la donnée et sa gouvernance, pas sur l’informatique au sens des systèmes — celle-ci relève du DSI.
  • Le cœur du métier : gouvernance, qualité, cartographie, cycle de vie et bon usage des données.
  • Aucune obligation légale de nommer un CDO. À l’inverse, la désignation d’un DPO est obligatoire dans les cas fixés par le RGPD.
  • Les intitulés varient (data manager, responsable de la gouvernance des données…) et le périmètre change avec la taille de la structure.

FAQ :

CDO veut-il toujours dire Chief Data Officer ?

Non. Le même sigle recouvre notamment le chief digital officer, le chief design officer, le chief diversity officer, et, en finance, un produit structuré sans aucun rapport avec l’entreprise numérique. Il faut toujours vérifier le contexte avant d’interpréter le sigle.

Quelle différence entre Chief Data Officer et Chief Digital Officer ?

Le premier a la donnée pour objet : la gouverner, la fiabiliser, en organiser l’accès et l’usage. Le second porte la transformation numérique de l’activité. Deux fonctions différentes, qui peuvent coexister.

Un CDO remplace-t-il le délégué à la protection des données ?

Non. Le délégué est une fonction encadrée par le RGPD, avec des conditions de désignation, de moyens et d’absence de conflit d’intérêts définies par la CNIL. Un CDO n’a pas ce statut du seul fait de son titre.

Quelles compétences sont attendues pour ce poste ?

L’Apec cite la maîtrise des réglementations sur la protection des données, la gestion de bases de données et les outils décisionnels, la modélisation et la sécurisation, la cartographie des données, ainsi que la gestion de projets agiles. Le diplôme visé est de niveau bac +5 et une expérience d’au moins cinq ans dans la data ou en gestion de projets transverses est souvent demandée.

Vers quoi ce poste peut-il mener ?

L’Apec cite comme évolutions possibles les postes de directeur des systèmes d’information, de responsable informatique et de responsable MOA.


25 avis sur « CDO Informatique : Rôle, Importance et Perspectives d’Avenir »

  1. Ping : Boucle Shell : Fonctionnement, cas d’usage et optimisation

Partagez votre avis

Aussi : consultant SEO Bordeaux · création de site e-commerce